vendredi 3 mai 2013

Introduction aux peuples de l'ombre

La nuit de toutes les peurs...

      Lorsque nous étions enfants, nous redoutions plus que tout cet instant où les ombres envahissent le ciel, où les volets se ferment et où la nuit avale le jour dans son ventre glacé. Nous éprouvions alors une peur indicible, irraisonnée, animale. Une peur où, pourtant, se mêlait une sorte de plaisir diffus.

      La peur du noir.
C'est par la peur du noir qu'enfants nous découvrions la face cachée des choses, que nous mettions en doute les certitudes du jour, que nous plongions dans les régions inexplorées de notre imaginaire.
Car ce noir n'était pas vide. Il était habité par des présences invisibles et terrifiantes qui rôdaient dans les ténèbres et n'attendaient que notre sommeil pour prendre vie. Et notre chambre devenait le théâtre de nos cauchemars.

      Là-bas, derrière le rideau fermé, se cachait l'ogre aux dents rouges ou quelque méchant croquemitaine – était-ce Hans Trapp, le Père Fouettard ou le Père Lustucru ? Au dehors, avec un peu d'attention, on pouvait entendre les loups-garous hurler à la pleine lune. C'était l'heure où les vampires quittaient leurs tombes et où les fantômes erraient dans les couloirs glacés. La sorcière Cauchemar se glissait jusqu'à notre lit dans le but de nous étouffer de ses bras puissants dès que nous aurions l'imprudence de céder au sommeil. Morts de peur, nous retenions notre souffle pour éviter d'attirer l'attention de ces monstres tapis dans le noir.
Nous découvrions la nuit et ses sortilèges, la nuit et ses mystères, la nuit de toutes les peurs...


La nuit d'halloween.

      Car la nuit, dans notre enfance comme dans l'enfance du monde et de l'humanité, a toujours été crainte et révérée à l'instar d'une déesse de l'ombre. En Egypte, il s'agissait de Nout, la déesse de la nuit et de la voûte céleste, au ventre constellé d'étoiles. En Scandinavie, elle était la déesse Nôtt, traversant me ciel dans son char jusqu'à l'horizon, où elle laissait la place à son fils, le Jour. L'écume qui s'échappait de la bouche de ses chevaux retombait sur la terre sous forme de rosée. En Grèce, elle s'appelait Nyx, déesse ailée qui, à la fin du jour, s'envolait dans le ciel en déployant sur la terre sont voile noir étoilé. Fille du Chaos, Nyx était la mère de deux enfants jumeaux, le Sommeil et la Mort. Car la nuit est inséparable du sommeil et de la mort. Surtout lorsque, en automne et en hiver, les jours raccourcissent et que les grands froids s'installent.

      Les anciens Celtes commençaient leur année par la fête de Samain, le 1er novembre, inaugurant la saison sombre qui allait durer six mois. Dans la grande nuit de Samain, confondue avec la Toussaint chrétienne et la fête anglo-saxonne d'Halloween – All Hallow's Eve, « veille de tous les saints » -, on savait que les défunts quittaient leurs tombes pour venir se mêler aux banquets qu'en leur honneur les vivants avaient dressés. Les défunts, mais aussi la sombre cohorte des esprits infernaux qui, lors de la nuit magique, décomptée du calendrier normal, franchissaient impunément les portes des Enfers pour mener leurs sarabandes endiablées.

      C'est dans la nuit d'Halloween que se déchaîne la vassalerie des Unseelie – « vassalerie des maudits » -, par opposition à la cour des Seelie, les êtres de lumières, fées, elfes et nymphes. En contrepoint des « Peuples de la lumière », voici les « Peuples de l'ombre », créatures maudites composées de démons hideux, de spectres ricanant, de sorcières maléfiques, de vampires assoiffés de sang, de loups-garous hurlant à la lune, d'ogres mangeurs de chair fraîche et autres chasses infernales.


Jul, le noël païen.

      Contrairement à ce que veut nous laisser accroire la version factice, contemporaine et commerciale de cette fête de la mort, à base de citrouilles en carton et de chapeaux de sorcières à bouts pointus, Halloween n'est pas la seule nuit à craindre du calendrier magique ; elle n'est que la première. Car la sombre période courra jusqu'aux crêpes de la Chandeleur, le 2 février, en passant par les quatre semaines de l'avent et les douze jours qui séparent Noël de l'Epiphanie.
Au long de ces longues nuits d'automne et d'hiver, alors que se prépare et se célèbre la naissance du Sauveur, vont en effet se déchaîner les créatures les plus noires et les plus effrayantes, comme si, là encore, la lumière n'allait pas sans ombre.
Car Noël, ne l'oublions pas, n'a pas toujours été une fête chrétienne. Le 25 décembre correspondait jadis au solstice d'hiver – le moment de l'année où la nuit est la plus longue -, fêté dans le Grand Nord sous le nom de Jul, le Noël païen.

      Durant la nuit de Jul, on avait coutume de sortir tous les balais à l'extérieur des maisons, pour les mettre à la disposition des sorcières qui s'envolaient vers le sabbat du mont Broken, présidé par le Vieil Eric, le diable. On tirait des coups de fusil vers le ciel pour éloigner les esprits mauvais. On préparait un grand festin, le banquet de Jul, dont on abandonnait les reliefs aux démons de la nuit, tandis que résonnait dans le ciel le galop de la chasse infernale conduite par le chasseur noir.

      En Bretagne, la nuit de Noël s'appelle la « nuit des merveilles », car mille sortilèges s'y manifestent. Les animaux se mettent à parler couramment le langage des hommes, mais ceux qui se risquent à écouter ce qu'ils disent mourront avant l'aube. Durant la messe de minuit, le squelette de l'Ankou vient frôler de sa cape noire ceux qui ne passeront pas l'année.
En chemin pour se rendre à l'église, les fidèles risquent de croiser à chaque carrefour le diable, qui leur offrira la fortune en échange de leur âme. La même nuit, les dolmens s'entrouvrent pour révéler les trésors maudits qu'ils abritent, tandis que les menhirs s'en vont boire dans l'océan entre le premier et le douzième coup de minuit. Les sorcières courent nu-pieds dans les bois pour cueillir l'herbe d'or. Dans la baie des Trépassés résonnent les chants lugubres des âmes en peine chargées sur le bateau des morts.
Ailleurs, en Angleterre, en Allemagne, dans tous les pays engloutis par le froid et la nuit, les mêmes peurs viennent alimenter les mêmes croyances. Des croyances qui ont donné naissance à une mythologie noire, à une fascination de la peur, à une esthétique du frisson. Des croyances qui nous conduisent, à nos risques et périls, à la rencontre des peuples de l'ombre...


« L'Ombre est un pôle obscur opposé au pôle éblouissant de la Lumière.
L'Ombre ne cherche pas à éclipser la Lumière, mais à la sculpter, la souligner, la mettre en relief.
Sans le fusain de l'Ombre, la page serait vierge et nos regards aveugles. »
[Ismaël Mérindol, Traité de Faërie, 1466.]


Introduction au bestiaire fantastique

Au temps où les bêtes parlaient...

      C'était au temps où les bêtes parlaient, et où les hommes comprenaient leur langage. Un temps ancien et révolu, dont seuls les contes merveilleux ont gardés la mémoire. Un temps hors du temps, qui se confond avec cet Âge d'or où le monde était encore un enchantement.
 
      Ce langage animal avait un nom. On l'appelait « langage obscur » ou encore « langue des oiseaux ». Il s'agissait d'une parole de vérité, car les bêtes, contrairement aux hommes, ne savent pas mentir, et ne disent donc que des choses vraies, parfois même prophétiques. Les alchimistes pratiquaient couramment ce langage, ainsi que les héros qui, tel Siegfried, buvaient le sang du dragon qu'ils venaient de terrasser. Tel était alors le parcours obligé de toute quête mystique : tuer le dragon avant d'écouter la colombe ; goûter au venin du serpent avant d'approcher la licorne. Connaître le mal, pour mieux lui préférer le Bien.
 
      Car les animaux fabuleux sont avant tout des symboles, des matérialisations imagées de nos vices et de nos vertus, de nos peurs et de nos aspirations profondes. Ils sont les masques par lesquels nous habillons nos lumières et nos ombres, afin de les comprendre. Ils sont les porte-parole de notre inconscient, de nos cauchemars et de nos rêves.
A moins qu'ils ne soient le reflet « embelli » d'espèces ayant bel et bien existé, voire existant toujours.
 
 
 
Animaux mythiques ou espèces disparues ?
 
      Pour l'homme civilisé d'aujourd'hui, ces animaux n'existent nulle part ailleurs que dans les fables. Les histoires de dragons et de licornes, de chats sorciers ou de crapauds au sabbat, de chevaux volants ou de phénix renaissant de ses cendres ne sont là que pour divertir ou effrayer. Les Anciens, pourtant, y croyaient. Étaient-ils pour autant moins sages ? Certains chercheurs ont avancé l'idée que, dans le long chemin de l'évolution, des races d'animaux avaient disparu de notre terre pour entrer dans la légende. Une science a même été créée, la cryptozoologie, pour étudier ces bêtes mystérieuses, dont les dossiers sont scrupuleusement conservés dans les locaux de la Société de cryptozoologie de Londres, fondée le 1er avril 1849 au 100 Piccadilly, Londres W1, dix ans avant la fameuse étude de Darwin sur L'Origine des espèces. Qui sait si, dans un futur plus ou moins proche, on ne découvrira pas des squelettes de griffons, de tarasques ou de chimères ?
 
      Mais on peut également penser que, pour l'homme du Moyen Âge ou de la Renaissance, des animaux bien réels comme le lion, la girafe ou la baleine prenaient aisément, au fil des récits de marins ou de voyageurs, une dimension fantastique. Certains animaux dont l'existence est ou fut avérée n'entretiennent-ils pas des ressemblances troublantes avec les créatures fabuleuses de notre bestiaire ? Le dragon ou le monstre du Loch Ness ne sont-ils pas un souvenir des anciens dinosaures ? La licorne n'est-elle pas une version chevaline du rhinocéros ? En attendant, ces animaux peuplent depuis toujours notre imaginaire et méritent qu'une section sur ce site leur soit consacrée.
 
      Le bestiaire fantastique vous permettra ainsi de vous familiariser avec ces créatures fabuleuses que l'on trouve dans les oeuvres médiévales, aux frontons des cathédrales romanes, dans les recueils de contes et de légendes, dans les récits de folklore ou même dans les symboles du zodiaque, sans oublier les romans fantastiques ou de fantasy comme Le Seigneur des Anneaux, les aventures d'Harry Potter ou Le Monde de Narnia qui fourmillent de chouettes blanches, de basilics, de phénix, d'hippogriffes, de faunes et de dragons.
Et sans parler des religions...
 
 
 
Des dieux animaux.
 
      Les religions traditionnelles et les mythologies ont toujours accordé une place de choix aux animaux, soit pour les diviniser, soit pour les sacrifier aux divinités. L'Egypte ancienne adorait des dieux aux figures de faucons, bélier, chat ou scarabée. Les dieux et les héros de la mythologie grecque se métamorphosaient couramment en bête, à l'exemple de Zeus se changeant en cygne pour séduire Léda. Les augures lisaient l'avenir dans le vol des oiseaux ou dans les entrailles des animaux sacrifiés. Odin, le dieu suprême de la mythologie nordique et germanique, avait à ses côtés deux loups et deux corbeaux. Les dieux celtes et gaulois empruntaient également des attributs animaux, comme Cernunnos aux bois de cerf.
Les sorciers et sorcières du Moyen Âge allaient, disait-on, au sabbat sur un bouc et se faisaient assister par des chats noirs et des crapauds. La religion chrétienne elle-même, bien qu'opposée aux idolâtries animales du paganisme, n'a-t-elle pas animalisé le Christ sous la forme de l' « agneau de Dieu » et utilisé le poisson comme signe de reconnaissance ? Et que dire des constellations qui brillent dans le ciel ou des signes du zodiaque qui jalonnent l'année ? Entre espèces disparues et prédictions, les animaux appartienne à notre passé et à notre avenir. A notre présent aussi, bien sûr, pour peu que nous acceptions l'idée que l'homme, après tout, n'est qu'un animal qui a bien (ou mal) tourné, et qu'il a beaucoup à apprendre de ses cousins à poils, à plumes ou à écailles.
 
      C'était au temps où les bêtes parlaient... Et où les hommes savaient que les bêtes ne sont pas si bêtes qu'elles en ont l'air. Espérons que, en parcourant les pages dédiées à ce bestiaire, le lecteur d'aujourd'hui retrouve en son cœur et ses rêves ce temps-là, ce temps hors du temps, cet Âge d'or où le monde était un enchantement. Ecoute, lecteur, écoute... Les animaux te parlent. Que tu disent-ils ?

jeudi 2 mai 2013

Introduction aux peuples de la lumière

Il était une fois... le Merveilleux

Qu'est-ce que le Merveilleux ?

        Contrairement au Fantastique, qui suppose l'incursion d'éléments surnaturels dans un quotidien ordinaire, le Merveilleux tient pour acquise l'existence d'éléments magiques qui constituent la trame de sa narration. Si le Fantastique instille chez le lecteur ou le spectateur le doute et l'effroi, le Merveilleux lui procure le rêve et l'enchantement - même si le rêve peut, à l'occasion, tourner au cauchemar, et l'enchantement au sortilège.

        Le Fantastique traite de situations par définition impossibles, et qui pourtant surviennent, contre toute raison, tandis que le Merveilleux, alors même qu'il évolue dans un univers purement imaginaire, s'affirme comme authentique. Naturel, en un mot.

        Historiquement, on associe le Merveilleux à la culture du Moyen Âge, où les croyances aux fées, elfes, lutins et sirènes faisaient partie de la vie quotidienne. On croyait aux fées comme on croyait au diable. Ce n'est qu'avec le temps et le développement de la raison rationnelle, et du culte de la science, que les croyances de jadis sont devenues des légendes transmises par les récits du folklore. Mais la raison et la science, malgré les espérances du siècle des lumières, n'ont pas réponse à tout.

        A la foi médiévale, empreinte de religion mais aussi de Merveilleux, ont succédé le doute et la peur contemporains, tissés d'agnosticisme mais aussi d'éléments fantastiques, comme autant de brèches dans le Réel. Les Anciens croyaient aux fées, et parfois les voyaient. Les Modernes ne croient plus en rien, mais ils redoutent ce qui se dissimule derrière ce rien, et lui attribuent un visage grimaçant.



Un regain d'intérêt.

        Renouer avec le Merveilleux, c'est bien sûr renouer avec le monde de l'enfance et de la pensée magique, dans laquelle le désir est créatif, et le Réel, une concrétisation du rêve. C'est aussi contribuer à réenchanter le monde en posant sur lui un regard d'émerveillement.

        De fait, l'engouement récent pour les quêtes initiatiques, les aventures chevaleresques et les univers féeriques et légendaires –qu'il s'agisse de la redécouverte, par le livre ou au cinéma, de la geste du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde, du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, de la saga Star Wars ou des recettes de sorcellerie enseignées dans l'étrange école fréquentée par Harry Potter – montre bien que le Merveilleux, loin d'être une vieille lune poussiéreuse, propose des réponses parfaitement adaptées aux défis de notre monde orphelin de sens et de valeurs.

        De nombreuses créations contemporaines s'inspirent d'ailleurs ouvertement de cet environnement merveilleux – à travers les jeux de rôles, les romans d'Heroic Fantasy, les feuilletons télévisés ou le cinéma -, empruntant souvent leurs motifs à des sources anciennes que le public, friand de ces fictions imaginaires, ne connaît pas toujours.



Les peuples du Merveilleux.

        Tel est donc l'objectif de cette encyclopédie virtuelle : livrer, de façon précise, authentique et documentée aux sources les plus fiables, l'origine et la description des éléments composant l'univers merveilleux : les peuples de la lumière, les animaux du bestiaire fantastique et les peuples de l'ombre.

        Entendons-nous bien : la frontière entre ombre et lumière n'est pas aussi tranchée, dans l'univers du Merveilleux, que notre raison le souhaiterait. L'on s'en apercevra vite en parcourant les pages qui suivent ; si les peuples de la lumière sont composés des glorieux anges, des bonnes fées et des gracieux elfes, ils comportent aussi les nains difformes, les redoutables gobelins et les cruelles sirènes. Les créatures de Féerie ne sont jamais totalement bonnes ni totalement méchante ; elles n'ont aucune notion de morale humaine, et affichent des visages souvent paradoxaux.

        De même, si les recherches ont ici été limitées à la culture occidentale – car il existe également un Merveilleux asiatique, oriental ou amérindien, tout aussi riches que le nôtre -, elles ont toutefois été étendues aux mythologies gréco-romaines, celtiques, germaniques et nordiques, ainsi que, parfois, à des cultures extra-européennes, lorsque certains éléments d'un Merveilleux étranger étaient venus enrichir le nôtre ; c'est pourquoi on trouvera un article sur les djinns orientaux, comme on en trouvera sur les faunes latins, les dieux nordiques, les nains germaniques ou les lutins bretons.

        Il est temps de tourner la page, et de plonger dans cet univers merveilleux, non sans avoir prononcé la phrase rituelle, qui ouvre tous les enchantements : « Il était une fois... »


« Rien n'existe qui n'ait au préalable été rêvé. »
[Ismaël Mérindol, Traité de Faërie, 1466]

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Bienvenue sur Mythologia Encyclopedia, qui, comme son nom l'indique, sera un dictionnaire de toutes les créatures fantastiques, mythologiques, ainsi que les diverses croyances existantes.

En effet, l'on retrouve souvent diverses créatures dans les romans, les films, et autres, et l'on se demande parfois qui elles sont, si elles ont été reprises à l'identique ou adaptées à l'histoire, d'où elles viennent, etc.
J'espère donc que ce blog saura et vous aidera à nourrir votre curiosité.

Les articles seront peut-être un peu longs à venir, ou peut-être pas. Tout va dépendre de mes disponibilités. Mais étant une férue du merveilleux, je possède un certain nombre d'ouvrages qui permettront de créer des articles très complets.

Sur ce, je vous souhaite une excellente visite.

Karine. 

(Avec l'accord d'Edouard Brasey, auteur de la petite encyclopédie du merveilleux)