Au temps où les bêtes parlaient...
C'était
au temps où les bêtes parlaient, et où les hommes comprenaient leur
langage. Un temps ancien et révolu, dont seuls les contes merveilleux
ont gardés la mémoire. Un temps hors du temps, qui se confond avec cet
Âge d'or où le monde était encore un enchantement.
Ce
langage animal avait un nom. On l'appelait « langage obscur » ou encore
« langue des oiseaux ». Il s'agissait d'une parole de vérité, car les
bêtes, contrairement aux hommes, ne savent pas mentir, et ne disent donc
que des choses vraies, parfois même prophétiques. Les alchimistes
pratiquaient couramment ce langage, ainsi que les héros qui, tel
Siegfried, buvaient le sang du dragon qu'ils venaient de terrasser. Tel
était alors le parcours obligé de toute quête mystique : tuer le dragon
avant d'écouter la colombe ; goûter au venin du serpent avant
d'approcher la licorne. Connaître le mal, pour mieux lui préférer le
Bien.
Car
les animaux fabuleux sont avant tout des symboles, des matérialisations
imagées de nos vices et de nos vertus, de nos peurs et de nos
aspirations profondes. Ils sont les masques par lesquels nous habillons
nos lumières et nos ombres, afin de les comprendre. Ils sont les
porte-parole de notre inconscient, de nos cauchemars et de nos rêves.
A moins qu'ils ne soient le reflet « embelli » d'espèces ayant bel et bien existé, voire existant toujours.
Animaux mythiques ou espèces disparues ?
Pour
l'homme civilisé d'aujourd'hui, ces animaux n'existent nulle part
ailleurs que dans les fables. Les histoires de dragons et de licornes,
de chats sorciers ou de crapauds au sabbat, de chevaux volants ou de
phénix renaissant de ses cendres ne sont là que pour divertir ou
effrayer. Les Anciens, pourtant, y croyaient. Étaient-ils pour autant
moins sages ? Certains chercheurs ont avancé l'idée que, dans le long
chemin de l'évolution, des races d'animaux avaient disparu de notre
terre pour entrer dans la légende. Une science a même été créée, la
cryptozoologie, pour étudier ces bêtes mystérieuses, dont les dossiers
sont scrupuleusement conservés dans les locaux de la Société de
cryptozoologie de Londres, fondée le 1er avril 1849 au 100 Piccadilly,
Londres W1, dix ans avant la fameuse étude de Darwin sur L'Origine des espèces.
Qui sait si, dans un futur plus ou moins proche, on ne découvrira pas
des squelettes de griffons, de tarasques ou de chimères ?
Mais
on peut également penser que, pour l'homme du Moyen Âge ou de la
Renaissance, des animaux bien réels comme le lion, la girafe ou la
baleine prenaient aisément, au fil des récits de marins ou de voyageurs,
une dimension fantastique. Certains animaux dont l'existence est ou fut
avérée n'entretiennent-ils pas des ressemblances troublantes avec les
créatures fabuleuses de notre bestiaire ? Le dragon ou le monstre du
Loch Ness ne sont-ils pas un souvenir des anciens dinosaures ? La
licorne n'est-elle pas une version chevaline du rhinocéros ? En
attendant, ces animaux peuplent depuis toujours notre imaginaire et
méritent qu'une section sur ce site leur soit consacrée.
Le
bestiaire fantastique vous permettra ainsi de vous familiariser avec
ces créatures fabuleuses que l'on trouve dans les oeuvres médiévales,
aux frontons des cathédrales romanes, dans les recueils de contes et de
légendes, dans les récits de folklore ou même dans les symboles du
zodiaque, sans oublier les romans fantastiques ou de fantasy comme Le Seigneur des Anneaux, les aventures d'Harry Potter ou Le Monde de Narnia qui fourmillent de chouettes blanches, de basilics, de phénix, d'hippogriffes, de faunes et de dragons.
Et sans parler des religions...
Et sans parler des religions...
Des dieux animaux.
Les
religions traditionnelles et les mythologies ont toujours accordé une
place de choix aux animaux, soit pour les diviniser, soit pour les
sacrifier aux divinités. L'Egypte ancienne adorait des dieux aux figures
de faucons, bélier, chat ou scarabée. Les dieux et les héros de la
mythologie grecque se métamorphosaient couramment en bête, à l'exemple
de Zeus se changeant en cygne pour séduire Léda. Les augures lisaient
l'avenir dans le vol des oiseaux ou dans les entrailles des animaux
sacrifiés. Odin, le dieu suprême de la mythologie nordique et
germanique, avait à ses côtés deux loups et deux corbeaux. Les dieux
celtes et gaulois empruntaient également des attributs animaux, comme
Cernunnos aux bois de cerf.
Les
sorciers et sorcières du Moyen Âge allaient, disait-on, au sabbat sur
un bouc et se faisaient assister par des chats noirs et des crapauds. La
religion chrétienne elle-même, bien qu'opposée aux idolâtries animales
du paganisme, n'a-t-elle pas animalisé le Christ sous la forme de l'
« agneau de Dieu » et utilisé le poisson comme signe de reconnaissance ?
Et que dire des constellations qui brillent dans le ciel ou des signes
du zodiaque qui jalonnent l'année ? Entre espèces disparues et
prédictions, les animaux appartienne à notre passé et à notre avenir. A
notre présent aussi, bien sûr, pour peu que nous acceptions l'idée que
l'homme, après tout, n'est qu'un animal qui a bien (ou mal) tourné, et
qu'il a beaucoup à apprendre de ses cousins à poils, à plumes ou à
écailles.
C'était
au temps où les bêtes parlaient... Et où les hommes savaient que les
bêtes ne sont pas si bêtes qu'elles en ont l'air. Espérons que, en
parcourant les pages dédiées à ce bestiaire, le lecteur d'aujourd'hui
retrouve en son cœur et ses rêves ce temps-là, ce temps hors du temps,
cet Âge d'or où le monde était un enchantement. Ecoute, lecteur,
écoute... Les animaux te parlent. Que tu disent-ils ?

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